Pour quoi nous nous mobilisons ce 10 février
Associations, citoyens et syndicats en convergence des luttes

Les organisations syndicales en front commun, ainsi que de nombreuses associations de la province de Luxembourg et du sud Namurois s’unissent pour dénoncer l’impact des politiques gouvernementales sur les droits sociaux et culturels. Ensemble, elles défendent un modèle de société basé sur la solidarité.
Des stagiaires en formation exclu.e.s du chômage ; des parents désemparés par le manque de places d’accueil en crèche ; des étudiant.e.s perdu.e.s face à des mesures changeantes en termes d’accès aux allocations familiales ou aux études ; des personnes étrangères prêtes à l’emploi, mais menacées d’un refus de permis de séjour ; des équipes naviguant à vue, incapables de se projeter dans des secteurs sociaux ou culturels où les coupes budgétaires frappent dur… Les raisons de se mobiliser s’amoncèlent pour les représentants des multiples organisations et associations à l’initiative de l’action organisée ce 10 février à Marche-en-Famenne.
En toile de fond, elles partagent de mêmes préoccupations : les mesures du gouvernement Arizona, jointes à celles des majorités MR-Engagés en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, participent à une précarisation de poches entières de la société. Elles cassent des mécanismes de redistribution et des dispositifs qui favorisent la cohésion au sein de la population. Elles affaiblissent dangereusement le monde associatif, alors que celui-ci assume un rôle social et des missions essentielles pour le bien commun. L’action du 10 février se veut donc un cri d’alerte. Sans changement de cap, les dégâts causés pourraient être irrémédiables et promettent des lendemains collectifs difficiles.
Convergence des luttes
L’action du 10 février poursuit l’alliance déjà à la base de la mobilisation marchoise du 26 novembre 2025. Rappelons qu’à cette date, une quarantaine d’associations issues de 14 secteurs différents et réparties sur toute la province de Luxembourg et sur le sud de la province de Namur étaient présentes pour sensibiliser à la casse sociale et associative.
L’action du 10 février est menée à l’appel conjoint :
– des principales organisations syndicales, en front commun interprofessionnel – FGTB, CSC et CGSLB.
– d’un vaste groupe d’asbl issues des secteurs de l’Education Permanente, la Jeunesse, l’Aide à la Jeunesse, l’Insertion socioprofessionnelle, le Logement, l’Action sociale, l’Intégration, le Théâtre-Action, les Centres Culturels, les Centres d’Expression et de Créativité, l’Education à l’environnement… implantées partout en province de Luxembourg, ainsi que dans le sud de la province de Namur. Parmi ces associations, citons : Le CIRAC de Rendeux, les Compagnons Bâtisseurs, l’AMO Mic-Ados de Marche, Le Petit Théâtre de la Grande Vie de Forzée, le CIEP-MOC Luxembourg, le CEPPST d’Arlon et le Miroir Vagabond de Hotton.
Les principaux signaux d’alerte portent sur :
1) Les menaces sur l’accès aux droits sociaux.
Nous alertons sur l’idée d’une société non-solidaire.
Des coupes dans la sécurité sociale, le sans-abrisme, l’insertion socioprofessionnelle, la petite enfance, l’aide à la Jeunesse et une forte limitation des droits des migrants. Tout cela coutairait trop cher, il faudrait responsabiliser davantage les institutions, les associations, les individus. Être plus rentable, plus efficient, plus rapide. Mais à combien s’évalue en euros de gains pour l’Etat, le témoignage de Pierre qui exprime : « En 14 ans, c’est le premier hiver que je passe avec plus de 12 degrés dans mon salon, ça me change complètement la vie, c’est inestimable». A combien s’évalue, le récit de Sandra qui affirme « avant la formation d’orientation socioprofessionnelle que je viens de terminer, j’avais peur du travail, je pensais que je n’y arriverais jamais vu que j’avais raté l’école. Cette formation m’a redonné confiance en moi, maintenant je pense que, moi-aussi, je peux réussir. » Investir dans les dispositifs qui s’appuient sur des principes de solidarité est un gage de résultats positifs pour toute une société, pas seulement pour les populations les plus fragilisées.
2) Les menaces sur l’accès aux droits culturels :
Nous défendons l’idée d’une société qui donnent une voix pour toutes et tous.
L’austérité et les logiques de profit fragilisent le secteur culturel alors qu’il crée du lien social, émancipe et suscite la créativité et la création. Des lieux publics sont réinvestis par des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants qui n’y ont pas toujours la place. Fièrement. Tantôt par le biais de l’écriture, les arts plastiques, tantôt par le théâtre. Le secteur marchand n’a pas le monopole du résultat, le secteur associatif est débordant de résultats, il est chargé d’expériences probantes avec des populations qui souhaitent systématiquement prendre une place utile et juste dans leur environnement de vie. Comment l’État peut-il calculer le coût des cycles de formations en éducation permanente que Daniel a suivi pendant des années, et qui lui ont permis de se construire un point de vue critique sur les enjeux actuels, de se positionner et d’agir en tant que citoyen ?
3) Les menaces sur la démocratie et la liberté associative
De nombreuses associations sont au service de la collectivité et du vivre-ensemble. Elles participent à la construction, au maintien et à l’évolution d’espaces démocratiques en permettant la réflexion critique. C’est une réelle richesse et c’est vivifiant pour la démocratie. Or, ces dernières années, le temps consacré à démontrer la légitimité du secteur devient récurrent. Il est pourtant bon de rappeler qu’historiquement le secteur associatif s’est constitué en Belgique sur le constat que les politiques publiques ne pouvaient prendre en charge l’ensemble des besoins de la population et laissaient de nombreuses personnes sur le côté. Nous ne voulons pas d’une société sans diversité et sans contre-pouvoir. L’humain est pluriel, l’action associative l’est naturellement aussi. Nous récusons la tendance à uniformiser ou à programmer l’action associative. Nous défendons la diversité des approches et les différents niveaux d’actions au service des besoins sociétaux variés et changeants.
4) Les spécificités du territoire rural :
Nous refusons un avenir où bien vivre à la campagne serait réservé aux plus nanti.e.s.
Le territoire rural, c’est une mobilité limitée, moins de services, plus de km et plus de frais pour accéder aux soins de santé, aux loisirs, à la formation ou au travail. Ici, pauvreté financière veut souvent dire immobilisme, isolement et non-participation. Ne pas pouvoir bénéficier d’un véhicule signifie ne pas ou peu pouvoir accéder aux offres et aux services existants en « centre-ville » (pourtant encore moins nombreux qu’en zone urbaine). Cela signifie également ne pas ou peu prendre part à la vie collective. La région est peu fournie en lieux ouverts notamment à la jeunesse et l’isolement est fort marqué. Mike est là pour en témoigner : « Dans mon village, il y a très peu d’activités proches et les transports en commun sont quasi inexistants, ce qui rend tout très compliqué. Grâce à l’engagement de certaines associations qui viennent me chercher à domicile, je peux enfin participer à des activités qui me tiennent à coeur. Sans leur aide, je me sentirais encore plus isolé. » Le repli sur soi et surtout le rejet de l’Autre est d’autant plus dur qu’il n’y a pas de rencontres fortuites entre différents types de populations. La mixité n’existe pas d’emblée et est toujours à construire. Ces spécificités propres à la ruralité doivent pouvoir être prises en considération dans la construction des politiques publiques.
Une action symbolique
Pour l’action du 10 février, chacune et chacun est invité à se munir d’une couverture de survie, symbolisant à la fois les écailles des poissons du logo « Associations en Résistance », cette diversité de petits poissons s’alliant pour se renforcer et résister à un danger mais se référant aussi aux conditions de survie dans lesquelles sont plongées des personnes en nombre croissant suite aux mesures socio-économiques et budgétaires prises par les gouvernements. A 09h30, aux abords du rond-point de la Pirire, tout le monde sera invité à se rassembler pour former un énorme poisson. Cette image symbolique sera prise en photo via un drone.
En pratique
L’action démarrera dès 7h15 Place Toucrée, à Marche-en-Famenne pour accueillir les Ministres Valérie Lescrenier et Jean-Luc Crucke qui ont accepté de recevoir une délégation syndicale, associative et citoyenne. Les manifestant.e.s se dirigeront ensuite vers le rond-point de la Pirire de Marche, sous un chapiteau blanc monté sur un des côtés du rond-point (au même endroit que le 26/11).
Au programme :
– Barrages filtrants et distribution de tracts aux différents embranchements du rond-point. L’optique est bien d’aller à la rencontre et sensibiliser les personnes de passage.
– Une fanfare et des chorales militantes seront présentes pour dynamiser joyeusement l’action.
– Une soupe populaire et du café seront à disposition pour réchauffer les participant.e.s.
La mobilisation en front commun se terminera vers 11h30.
Contact presse :
Elise JACQUEMIN
GSM : 0470/85 11 38
Email : e.jacquemin@miroirvagabond.be
