Témoignage d'Adriel sur son projet du Corps Européen de Solidarité en Serbie
Bonjour, moi c’est Adriel, j’ai 21 ans et je suis volontaire en Serbie. Je vis dans la ville de Novi Sad et je fais un volontariat europĂ©en Ă l’association Jules Verne qui est une maternelle privĂ©e bilingue franco-serbe et une Ă©cole de langue française. Je suis actuellement Ă mon 10ème mois de volontariat sur les 12 que je vais passer ici. J’ai dĂ©jĂ fait pas mal de chemin avec le CES donc il est temps de partager mon expĂ©rience et de faire un petit rĂ©cap !
Pourquoi le CES ?Â
Je n’en suis pas Ă mon premier volontariat, loin de lĂ ! J’ai passĂ© les trois dernières annĂ©es Ă faire pas moins de 14 projets via les plateformes Workaway et WWOOF. Je sais depuis longtemps que j’aime le volontariat, que j’aime me sentir utile, que j’aime rencontrer des gens prĂŞts Ă Ă©changer et Ă transmettre, que j’aime dĂ©couvrir de nouveaux lieux et faire de nouvelles expĂ©riences. Je connaissais le CES depuis plusieurs annĂ©es mais je ne m’Ă©tais jamais senti prĂŞt Ă me lancer dans quelque chose qui me semblait si officiel et si formel. Jusqu’Ă l’annĂ©e dernière. Parce que j’ai eu 20 ans, je me suis senti vieux et j’ai eu un stress qui s’est mis Ă grandir en moi: je ne me sentais pas assez intĂ©grĂ© Ă la sociĂ©tĂ©. De voyager et de faire des petits boulots, je n’avais jamais pris le temps de me crĂ©er une routine, un chez-moi ou mĂŞme une vie sociale rĂ©elle. J’ai donc dĂ©cidĂ© que le CES serait mon annĂ©e test, pour voir si j’Ă©tais capable… d’ĂŞtre adulte.
J’ai pris un projet qui me motivait autant qu’il me terrifiait de par les dĂ©fis qu’il impliquait: le travail avec des groupes d’enfants et d’ados, la position d’enseignant, la colocation et surtout la vie en ville pendant 1 an complet !
J’ai envie de vous parler un peu de mon projet
Je travaille Ă Jules Verne qui est une maternelle du matin qui fonctionne toute l’annĂ©e (comme toutes les maternelles en Serbie) et une Ă©cole de français du soir qui suit l’annĂ©e scolaire normale (donc seulement 10 mois par an). Chaque semaine, avec les 3 autres volontaires, on Ă©change nos horaires donc on enchaĂ®ne une semaine Ă la maternelle avec une semaine aux cours du soir.
La maternelle c’est ce que je trouve le plus fun. On fonctionne avec des thèmes hebdomadaires sur lesquels on centre le vocabulaire. Au dĂ©but de l’annĂ©e c’est la directrice de l’association qui faisait tous les plannings et petit Ă petit j’ai pu rajouter ma touche personnelle. Maintenant je crĂ©e les plannings avec ma co-volontaire, on propose les thèmes, les activitĂ©s et on les rĂ©alise. En avril et en mai on a montĂ© un spectacle avec les enfants sur demande de la directrice. Elle voulait montrer aux parents ce que les enfants ont appris avec les volontaires cette annĂ©e. C’est ma co-volontaire qui a Ă©crit la pièce, une comĂ©die musicale ! Puis moi j’ai fait rĂ©pĂ©ter les enfants, j’ai fait les dĂ©cors et j’ai prĂ©parĂ© les costumes. C’Ă©tait beaucoup de boulot mais les efforts ont payĂ© et la reprĂ©sentation Ă©tait incroyable ! J’Ă©tais super fier de mes petits !
C’est Ă la maternelle que j’ai le plus de libertĂ© pour proposer des projets personnels. Cette annĂ©e je me suis lancĂ© dans un projet de mascottes avec les petits. Je leur ai proposĂ© de crĂ©er eux-mĂŞme leurs mascottes Ă partir de dessins que j’avais fait et de leur choisir un nom. J’ai ensuite mis mes talents de couturier Ă l’Ă©preuve et quelques semaines plus tard, nos deux compagnons Ă©taient nĂ©s ! Chers lecteurs, je vous prĂ©sente Kogalu le pangolin et Liza-Luza la fĂ©e.
J’ai voulu donner un sens pĂ©dagogique Ă mon projet donc j’ai fait plein de recherches sur les biens faits d’une mascotte dans une classe. Mon volontariat s’intitule: favoriser l’apprentissage interculturel et la lutte contre la xĂ©nophobie… un nom un peu formel pour dire qu’on veut Ă©duquer nos enfants Ă ne pas ĂŞtre racistes et Ă savoir vivre ensembles. J’ai donc donnĂ© une identitĂ© spĂ©cifique Ă nos mascottes. Kogalu est Congolais et viens passer
un an en Serbie Ă faire des activitĂ©s avec les enfants et leur apprendre des choses de son pays. J’ai choisi le Congo pour sa qualitĂ© de pays francophone et parce que, en tant que belge, j’Ă©tais intĂ©ressĂ© d’en apprendre plus sur sa culture. Liza-Luza (la mascotte des plus petits) enseigne sur la nature, l’amitiĂ© et les conflits. Chaque semaine j’organise une activitĂ© d’une heure avec chaque mascotte. J’ai fait des lecture de contes traditionnels, des recettes congolaises, des bricolages, des jeux interactifs, des jeux de sociĂ©tĂ© et bien plus encore. Chaque semaine j’essaye de faire une activitĂ© en lien avec le thème du cours de français.
Pendant la semaine sur l’espace, Kogalu est donc allĂ© sur Mars et pendant la semaine de la Terre, les enfants ont plantĂ© des graines avec Liza-Luza. Depuis le tout dĂ©but j’ai Ă©tĂ© super motivĂ© par l’engouement des enfants pour mon projet. Chaque vendredi, ils sont mĂ©ga excitĂ©s de savoir qui va rentrer avec la mascotte pour le week-end et le lundi ils s’agglutinent autour du cahier de la mascotte pour voir les nouveaux dessins et les photos. J’avais dĂ©jĂ travaillĂ© avec des enfants plusieurs fois dans le passĂ© et cette fois-ci m’a juste confirmĂ© dans ma lancĂ©e !
Aux cours du soir c’est un peu plus calme. On a en moyenne 4 cours par jour et chaque volontaire en fait 2. Je n’avais jamais enseignĂ© avant d’arriver ici donc j’Ă©tais très stressĂ©. Je m’imaginais que je ne saurais pas gĂ©rer un groupe, leur enseigner ma langue ou mĂŞme rendre mes cours attractifs. Il m’a fallu du temps, bien plus que ce que je pensais, pour saisir la dynamique de mes classes et trouver un mode de fonctionnement adaptĂ© Ă chacune d’elle. Mais avec le recul de mes dix mois passĂ©s ici, je peux dire fièrement que j’ai gĂ©rĂ© ! Toutes mes classes ont progressĂ©, mes Ă©lèves ont Ă©voluĂ© et moi aussi. MĂŞme si je ne pense pas que je referai prof un jour, j’ai Ă©tĂ© très content de les rencontrer et de pouvoir dĂ©couvrir le mĂ©tier.
Qu’est-ce que c’est de vivre en Serbie ?Â
Cette annĂ©e, j’ai expĂ©rimentĂ© 2 Serbie. Celle de l’Ă©tĂ©, des beaux jours, des parcs bondĂ©s et des rues vivantes et la deuxième, celle de l’hiver, du froid glacial, des manifestations et des grèves et de la vie lente.
Je vais commencer par l’hiver. L’hiver c’Ă©tait la dĂ©prime. Le 1er novembre 2024, la gare de Novi Sad s’est Ă©croulĂ©e faisant 15 morts. Dans un pays oĂą la corruption est monnaie courante, oĂą la vĂ©ritĂ© n’est jamais dite et oĂą le peuple n’a pas la parole, la mort est un sujet incendiaire. J’ai vu les milliers de personnes en deuil venir dĂ©poser fleurs et bougies devant les lieux du drame, mes collègues serbes Ă©taient abatus et mes Ă©lèves rĂ©voltĂ©s. Les minutes de silence et les blocages de la villes, les manifestation et les boycottes et chaque soir le concert des casseroles parce que le peuple en a eu assez. Ma nouvelle ville s’est vite couverte de mains ensanglantĂ©es et de messages de rĂ©volte. Mais elle s’est aussi vidĂ©e de toute vie. Les Ă©tudiants ont pris le mouvement en mains. Ils ont fermĂ© les universitĂ©s et les lycĂ©es, tous les Ă©vĂ©nements publiques ont Ă©tĂ© annulĂ©s et lentement le froid s’est installĂ©. J’Ă©tais en Serbie depuis 2 mois qu’il n’y avait dĂ©jĂ plus rien Ă faire.
Malheureusement je ne me suis pas très bien entendu avec mes colocataires. On Ă©tait trop diffĂ©rents je pense. Je me suis senti très seul alors j’ai dĂ©cidĂ© de me bouger et de visiter la rĂ©gion. J’ai commencĂ© par un week-end dans la capitale. Et Ă Belgrade, j’ai eu une rĂ©vĂ©lation !
Je suis tombĂ© par hasard sur le week-end du marathon. Toutes ces personnes rassemblĂ©es, la musique, l’Ă©nergie m’ont mis du baume au cĹ“ur et je me suis mis en tĂŞte de courir le semi-marathon suivant en avril ! Ça m’a donnĂ© une occupation pendant les quelques mois suivants. Parce que je n’avais jamais couru donc j’ai dĂ» M’ENTRAĂŽNER ! Après Belgrade j’ai dĂ©cidĂ© de faire une rando-bivouac dans les montagnes du Sud pour les vacances de nouvel an. J’avais emportĂ© ma tente et mon Ă©quipement en Serbie donc il Ă©tait temps de l’utiliser. Ça a Ă©tĂ© une super expĂ©rience! Les paysages, la gentillesse des locaux, la mĂ©tĂ©o tout a Ă©tĂ© incroyable !
J’ai fait deux autres parcs nationaux en Serbie par la suite puis j’ai Ă©tĂ© dans la ville historique de Golubac. J’ai aussi fait un week-end en SlovĂ©nie avec des volontaires rencontrĂ©s Ă une formation. On a fait Bled et Ljubjana. Ces citytrips et ces randos m’ont beaucoup motivĂ© et m’ont bien changĂ© les idĂ©es pendant ces mois gris. C’est aussi Ă ce moment lĂ que j’ai commencĂ© mon projet de mascotte Ă la maternelle, les quelques 30 heures de dessins, de recherche des matĂ©riaux et de couture m’ont bien occupĂ©.
Et puis LE PRINTEEEMPS !
Depuis avril (que j’ai commencĂ© en courant mon semi-marathon comme un pro) le beau temps est revenu. Il a fait très vite très chaud et les gens sont sortis de leur hibernation. Ă€ ce moment lĂ , je commençais Ă me dĂ©brouiller un peu en serbe et j’ai Ă©tĂ© enchantĂ© de dĂ©couvrir des serbes si chaleureux et bavards. Ça fait maintenant trois mois que je passe toutes mes journĂ©es dehors (Ă part bien sĂ»r les 5 heures Ă l’association). Je mange dans les parcs, je fais la sieste dehors, je me promène et je dĂ©couvre la ville. J’aime la culture des Balkans. J’ai grandi Ă Bruxelles et jamais je n’aurais pensĂ© possible qu’une ville soit aussi vivante et que des citadins puissent ĂŞtre aussi sociaux et avenants. Chaque jour, les parcs sont pleins et les plaines de jeux bondĂ©es, Ă tous moments de la journĂ©e les coureurs courent, les pĂŞcheurs pĂŞchent, les parents parentent, les buveurs de cafĂ© en terrasse boivent leur cafĂ© en terrasse et les petits vieux squattent leurs bancs de petits vieux. Il n’y a pas d’heure creuse (Ă part quand le soleil tape trop fort), les gens mènent vraiment leur vie dehors. Tellement de fois des inconnus m’ont adressĂ© la parole dans la rue juste pour discuter, Ă©changer deux mots, un sourire et ça m’a rendu super heureux ! Évidemment j’ai continuĂ© de voyager. J’ai commencĂ© les beaux jours par un week-end en Croatie dans la ville d’Osijek. J’ai ensuite Ă©tĂ© passer Pâques Ă Bratislava et Ă Vienne. LĂ -bas j’ai Ă©tĂ© plutĂ´t fier de moi en arrivant Ă comprendre les locaux slovaques (le serbe et le slovaque sont similaires) et puis pour le pont du 1er mai je me suis lancĂ© sur une descente du Danube Ă vĂ©lo.
Mon association me prĂŞte un vĂ©lo pour aller travailler et pour pouvoir dĂ©couvrir la rĂ©gion. J’en ai profitĂ© pour faire les 100km qui sĂ©parent Novi Sad de Belgrade. Aller et retour ! J’ai vu pleins de paysages, les plages sur le fleuve avec les barbecues et la musique traditionnelle, les petits villages et la capitale se rapprocher. Toutes ces aventures m’ont mis pleins d’Ă©toiles dans les yeux et je reviendrai sĂ»rement dans les Balkans pour rafraĂ®chir ces beaux souvenirs. Mais en attendant, il me reste encore 2 mois, que je compte bien mettre Ă profit ! Sur la liste: Podgorica, une supère rando en Albanie-Kosovo-MontĂ©nĂ©gro et Skopje ! Et pour mes petits de la maternelle, pleins de bricolages, d’autres aventures mascottes et je l’espère beaucoup de chouettes moments !
Bon, le petit mot de la finÂ
Cette annĂ©e a Ă©tĂ© bien remplie et j’ai l’impression de vivre ici depuis 3 ans dĂ©jĂ ! J’ai rencontrĂ© plein de gens, mes collègues, mes Ă©lèves, mes petits de maternelle que j’aime de tout mon cĹ“ur, j’ai appris le serbe, dĂ©couvert le pays et les Balkans, je connais la ville comme ma poche et j’ai les cheveux blancs d’un instituteur qui a passĂ© 10 ans en maternelle.
Ce volontariat m’a permis d’expĂ©rimenter deux mĂ©tiers pour lesquels j’aurais normalement dĂ» faire des Ă©tudes. Il m’a appris pleins de choses sur les relations humaines via ma coloc (un peu Ă mes dĂ©pends) et sur les bases d’une bonne communication. Il m’a fait rencontrer des gens formidables et voir des lieux Ă©poustouflants. Et m’a permis de me dĂ©velopper et de trouver une place qui me convient dans ma vie sociale ! Cette annĂ©e j’ai pris des initiatives au boulot comme dans ma vie privĂ©e, j’ai gagnĂ© de la confiance en moi et j’ai compris des choses sur moi. Je pense que je peux conclure en disant que malgrĂ© le cĂ´tĂ© imprĂ©vu de ma coloc, ce volontariat est un succès !
J’espère que mon tĂ©moignage vous a Ă©tĂ© utile et que vous l’avez trouvĂ© intĂ©ressant.














